OPINION. « Comment l’environnement nous atteint »

Voici un article co-écrit par G‌illes-Eric Seralini, Jérôme Douzelet et Gérald Jungers et paru dans le journal LA TRIBUNE du 27/12/2025

Retrouvez l’article en ligne via ce lien : LA TRIBUNE

OPINION. « Comment l’environnement nous atteint »

Aujourd’hui la société s’inquiète à raison de la progression des autismes des enfants du monde ; jusqu’à 1%, cela impacte vraiment les familles. Les neuro-inflammations et origines environnementales sont mises en cause. Mais qu’est-ce qui les provoque ?

G‌illes-Eric Seralini, Jérôme Douzelet et Gérald Jungers

Publié le 27/12/25 à 10:46

pollution déchets plastiques, fumées de combustion et épandage de produits phytosanitaires

Par Gilles-Eric Seralini, Jérôme Douzelet, Gérald Jungers (*)

Voyons plus large. Les dépressions des adolescents sont nombreuses, sans que l’on puisse séparer les causes sociales et neurologiques. Même en Chine, des scientifiques ont mis en évidence le lien entre pollutions, asthme, et dépressions chez les jeunes. 

Les sources génétiques, si elles ne sont pas exclues, ne peuvent pas tout expliquer, car elles ne varient pas assez rapidement pour envahir à ce rythme la population. 

De même, si l’on ajoute les maladies neurodégénératives chez nos aînés, voire les adultes jeunes, on parvient à un nombre effarant de personnes touchées. Enfin, les cancers liés à l’environnement atteignent au moins une personne sur trois sur la planète. 

Toutes ces maladies ou affections sont chroniques, lentes, et la médecine soulage principalement leurs symptômes, tandis que les causes entraînent des conséquences très lourdes pour la société. Si l’on observe alors la globalité de la biosphère, la disparition des espèces et leurs anomalies, en passant par les dérèglements du climat, on acquiert des certitudes sur la participation des effets anthropiques à ces problèmes ; or ce n’est pas du tout une volonté de tous ni un manque de chance, mais un fruit pourri du système. 

Nous sommes de plus en plus de spécialistes à penser qu’il faut un changement de paradigme pour en sortir. Ainsi quarante-trois d’entre nous de cinq continents ont récemment co-signé dans Environmental Sciences Europe, une revue scientifique à facteur d’impact élevé : https://rdcu.be/eOj3c, pour détailler les malversations qui entourent les autorisations de commercialisations des toxiques, notamment des pesticides et plastifiants. 

Les archives historiques de Monsanto-Bayer ont prouvé comment le doute est entretenu par des malhonnêtetés afin de laisser la société dans l’ignorance, pensant à tort que les produits autorisés sont correctement évalués. Elles ont été révélées grâce à la justice américaine, et ont permis des condamnations pour fraudes au bénéfice de plus de 100.000 patients atteints de cancers. 

La question est très proche pour les problèmes de handicaps. Pourtant, ils sont délaissés. Ainsi, selon un rapport parlementaire français récent, 50.000 élèves sont sans solution d’accompagnement, contre 36.000 en 2024. Parmi eux, nombre d’enfants sont autistes avec des dérèglements du microbiote gastro-intestinal, une des premières causes de consultations ; cela est révélateur des dévastations de la malbouffe, provoquant des effets délétères sur les intolérances alimentaires. On apprend aujourd’hui comment le système nerveux autour de l’intestin, deuxième cerveau en relation avec le premier, dysfonctionne.

Déjà, réalisons humblement ce que nous pouvons, là où nous sommes, tout comme le mythe du colibri de Pierre Rabhi, lequel voudrait servir d’exemple pour éteindre grâce à l’eau de son bec un incendie de forêt « Au moins, j’aurais essayé !». Ainsi fait l’Association LEX Les Enfants Extraordinaires à Barjac, dans le Gard  https://enfantsextraordinaires.org/. Elle accueille des jeunes personnes handicapées sans solution pour leur offrir une vie sociale avec les aînés du village. Jardin et cuisine biologiques y sont des ateliers accueillants, au moins sans rajouter pesticides et polluants ; on y travaille en circuit court. Equi-handi ou médiation animale et réparation de fauteuils permettent aussi d’être à nouveau des donneurs de joie, créateurs de sourires.

Prises une par une, toutes ces maladies sont parfois rapprochées d’un manque de chance, voire de causes sociales diverses. Mais on songera forcément à l’héritage épigénétique ou transgénérationnel, donc environnemental. On cauchemardera sur les effets des polluants stables et fossiles, dès le fœtus et la grossesse, car nous avons montré qu’ils passent à travers le placenta, comme les plus importants pesticides du monde, les Roundup incriminés dans les fraudes de Monsanto-Bayer. Ils s’accumulent dans notre milieu limité par l’atmosphère, toutes les formes de vie y sont sensibles et soumises. 

On détecte combien les polluants s’incrustent dans toutes les chairs, et sont volontairement répandus. Ils sont chargés de métaux lourds, ceux qui proviennent de résidus de pétrole cancérogènes et neurotoxiques servant à les fabriquer. Nous avons prouvé que tous les perturbateurs hormonaux étaient, par d’autres mécanismes cellulaires, neurotoxiques, tels du sable qui dérègle le cerveau et le système nerveux petit à petit. 

Nous avons des solutions car nous pouvons nourrir le monde avec une agriculture agroécologique, ainsi que l’ont démontré notamment les rapports internationaux d’Olivier de Schutter. À condition de moins élever de cochons, poulets, et vaches en intensif sur Terre ; car tout cela vient gaver la malbouffe des pays riches de ces polluants. Or de système intensif, nul besoin. Car nous entretenons aujourd’hui plus de ce bétail souffrant que d’enfants à travers le monde. 

L’agriculture agroécologique régénèrera l’écosystème, heureusement très résilient, pour des alternatives crédibles déjà mises en place partout sur la planète. Elles sont hélas aujourd’hui muselées par un enlisement législatif généré par les lobbys, eux-mêmes organisés pour continuer à profiter de ce modèle intensif ridicule de l’après-guerre. Ridicule car la croissance est un concept faux à cause de ses négligences, l’oubli volontaire de ses externalités. Mais nous y arriverons.

_____

(*) G‌illes-Eric Seralini est professeur des unversités de biologie moléculaire et toxicologie, il est chercheur sur les effets des pesticides sur la santé. Ordre du Mérite pour l’ensemble de sa carrière, il a été la bête noire des industriels, auteur de nombreux livres et articles scientifiques (en blouse, photo). Il est actuellement président de LEX, serrant la main de son fondateur, Après avoir été éducateur spécialisé d’enfants et jeunes en difficultés, Jérôme Douzelet a été chef cuisinier, se passionnant pour la qualité des aliments, puis se consacrant à la fondation de l’organisme LEX dédié aux jeunes handicapés, physiques ou non, et notamment des autistes ou d’autres déséquilibres nerveux. Gérald Jungers est chercheur associé au Pôle Risques, Qualité et Environnement Durable de l’Université de Caen, à la Maison de Recherches en Sciences Humaines. Il a signé des articles scientifiques sur le fait que tous les perturbateurs endocriniens sont aussi neurotoxiques, et la caractérisation des résidus de pétrole pétrole dans les pesticides.

G‌illes-Eric Seralini, Jérôme Douzelet et Gérald Jungers

Retour en haut